vendredi 20 septembre 2013

La laine à bouloche...



Il y a quelques temps maintenant, il m'a été demandé de faire un petit texte de présentation. Et depuis je séchais...

Et puis, les choses se sont un peu emballées cette semaine parce que la personne qui m'a mis un crochet entre les mains pour la première fois est tombée. Elle a un bel âge maintenant et elle est malade depuis quelques années. Une de ses maladies qui font que vous perdez tout, votre mémoire d'abord, les gens que vous aimez ensuite et pour finir la motricité. Me retrouvant dans sa chambre d'hôpital hier, un peu choquée par son visage marqué par la chute, mes yeux, se sont posés sur ses mains. Ses longs doigts fins, positionné de manière délicate sur sa robe de chambre en polaire. Et je me suis souvenue...

Les soirées d'été pendant lesquelles, derrière la maison, nous buvions un thé et qu'elle corrigeait les erreurs de mon en cours, sa patience ainsi que les longues discussions pour trouver un modèle qui nous plairait à toutes les deux et qui soit accessible à mes petits doigts. Et toutes ses heures où je crochetais et où nous bavardions de tout et de rien. Je n'étais pas bien grande et puis après tout ça est devenu ringard et j'ai oublié pendant un temps.

Hier, alors que nous parlions, l'infirmière est rentrée et l'a "débarrassée" de son peignoir, sans aucune douceur, pour la remettre dans son lit. Une fois couchée elle s'est emparée du tuyau de sa perfusion pour le manipuler comme elle le faisait avec le tissu un peu plus tôt. Je me suis avancée vers elle avec mon pull à pompon pour lui enlever le tuyau des mains afin de le remplacer par son peignoir et elle c'est alors emparée de mes pompons avec un intérêt tout particulier. Et là encore, avec plus d'émotion, je me suis souvenue...

Chaque fois qu'elle se retrouvait en présence d'un vêtement en laine (chose qu'elle portait rarement) elle grattait la laine avec le bout de son ongle jusqu'à en faire une petite "bouloche" qu'elle faisait ensuite rouler entre ses doigts, parfois sur sa joue. Usant ainsi la matière, il y avait toujours un trou qui finissait pas se former. Je me souviens encore de ma maman qui pestait parce qu'en une après-midi elle avait réussi à lui percer son écharpe ou son pull.

J'ai était très touchée de redécouvrir ce geste liant les deux personnes qui m'ont élevées. Alors, hier après-midi, en rentrant, je me suis emparée de la pelote la plus douce et j'ai commencé à lui crocheter une écharpe à bouloche.

Ce geste là, ce tout petit plaisir là, elle ne l'a pas encore oublié, alors puisqu'elle ne me reconnaît plus, puisque mes mots sont oublié aussitôt, dans chaque mailles de mon travail, je mettrai toute l'affection que je lui porte et chaque petite bouloche sera un peu de moi qui lui dit merci.

4 commentaires:

Pandore a dit…

Superbe article...

Ms Brown a dit…

Merci <3

PetiteBelge a dit…

Quel magnifique billet, et quelle magnifique attention... J'en ai les larmes aux yeux tellement je suis touchée par toute la douceur exprimée dans ce billet. Magnifique, vraiment...

Ms Brown a dit…

Merci PetiteBelge <3